Accueil ScènesFestivals À La Roque d’Anthéron, l’ensemble Les Timbres ouvre la série « Baroque à La Roque »

À La Roque d’Anthéron, l’ensemble Les Timbres ouvre la série « Baroque à La Roque »

par Victoria Okada
Les Timbres

Le Festival international de piano de La Roque d’Anthéron invite chaque année, aux côtés de pianistes confirmés et de jeunes talents, quelques-uns des fleurons français du monde baroque. Pour cette 46e édition, cinq concerts sont programmés à l’abbaye de Sylvacane. L’ensemble Les Timbres ouvre cette série avec les Pièces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau.

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La violoniste Yoko Kawakubo, la gambiste Myriam Rignol et le claveciniste Julien Wolfs forment un trio de longue date. Leur premier disque consacré aux Pièces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau, paru en 2014, avait été salué par une pluie d’éloges. C’est avec ce programme qu’ils inaugurent le 28 juillet la série consacrée à la musique baroque à Sylvacane.

Ce qui frappe d’emblée est leur exceptionnelle complicité musicale. Très concentré sur ses deux claviers, Julien Wolfs constitue le centre de gravité de l’ensemble, tandis que Myriam Rignol ne quitte presque jamais des yeux ses partenaires, adaptant sans cesse les paramètres de son jeu à leurs intentions. Lorsque Yoko Kawakubo leur répond, le clavecin et les deux archets se fondent dans une remarquable synchronisation organique, comme s’ils ne formaient qu’un seul instrument.

Après le premier Concert, le claveciniste prend la parole pour présenter les Pièces de clavecin en concerts. À la suite du succès des pièces de clavecin avec un accompagnement au violon, Rameau a « formé de petits Concerts entre le Claveçin (sic), un Violon ou une Flute, & une Viole ou un 2e Violon ». Si le compositeur souligne lui-même le caractère concertant de ces œuvres, en l’occurrence le quatuor, Julien Wolfs défend l’idée qu’il s’agit des premiers trios avec clavier de l’histoire de la musique. Après le deuxième Concert, Myriam Rignol présente à son tour son instrument, une copie du seul exemplaire connu de viole à huit cordes conservé au Musée de la Musique. Elle dit également quelques mots du clavecin, fabriqué par le père du claveciniste, avec un humour qui révèle autant la complicité amicale que musicale unissant les trois interprètes.

Leur interprétation conjugue vivacité virtuose, tendresse délicate et éloquence du discours.

Cloître de l’Abbaye de Sylvacane © Victoria Okada

Dans « La Popilière » du troisième Concert, chaque demi-cadence ou cadence rompue légèrement ou largement retenue fait naître un effet presque opératique, créant un instant suspendu d’une grande théâtralité. Dans la célèbre « Timide », les subtiles prolongations de certaines notes, obtenues par des coups d’archet à la fois appuyés et aériens, suggèrent un affect d’une infinie pudeur, tandis que les « Tambourins » déploient une énergie communicative et revigorante, à l’image de la joyeuse « Pantomime » du quatrième Concert. Le cinquième et dernier Concert semble conduire les trois musiciens à un sommet de leur art. Avec « La Cupis » et « La Marais », ils réunissent toutes les qualités qui font la singularité de leur interprétation : virtuosité et souplesse du phrasé quelles que soient les atmosphères, fusion organique des cordes avec la sonorité métallique, parfois presque percussive, du clavecin, qualité du dialogue instrumental et, plus encore, cette complicité qui irrigue tout le concert.

À mesure que le programme avance, cette complicité entre les interprètes se transmet au public. Après chaque Concert, les applaudissements gagnent en ferveur ; au terme du programme, une partie de la salle se lève et acclame chaleureusement les musiciens. En réponse à cet accueil enthousiaste, l’ensemble propose deux bis sous forme de devinette, dont la réponse ne tarde guère à s’imposer : « Les Sauvages » des Indes Galantes et « La Poule » de la Suite en sol, tous deux arrangés en pièces de clavecin en concerts.

Programme

Jean-Philippe Rameau : Pièces de Clavecin en concerts, Paris, 1741
Premier Concert : La Coulicam, Rondement ; La Livri, Rondeau gracieux ; Le Vézinet, Gaiement, sans vîtesse
Deuxième Concert : La Laborde, Rondement ; La Boucon, Air gracieux, ;L’Agaçante, Rondement ; Premier Menuet – 2e Menuet
Troisième Concert : La Lapoplinière, Rondement ; La Timide, Ier Rondeau gracieux – 2e Rondeau gracieux, Ier Tambourin – 2e Tambourin en Rondeau
Quatrième Concert : La Pantomime, Loure vive ; L’Indiscrette, Vivement ; La Rameau
Cinquième Concert : La Forqueray, Fugue ; La Cupis, Air tendre ; La Marais, Rondement

28 juillet 2026 à l’abbaye de Sylvacane, Festival international de Piano La Roque d’Anthéron.

Victoria Okada

Crédit photographique © Franck Denis

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