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Ljus, la lumière suédoise par Marine Chagnon et Joséphine Ambroselli Brault

par Victoria Okada

Dans son premier disque Ljus qui vient de paraître, la mezzo soprano Marine Chagnon nous invite, avec la pianiste Joséphine Ambroselli Brault, à faire la connaissance de mélodies/lieder écrites par des compositeurs suédois de la fin du XIXe siècle à la fin du XXe.

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Marine Chagnon est une jeune cantatrice montante, déjà connue par certains mélomanes du fait qu’elle fait partie de l’Académie de l’Opéra de Paris. Nous l’avons déjà entendue dans le rôle de Poppea dans Il Nerone de Monteverdi (une autre version de L’Incoronazione di Poppea) avec Le Poème Harmonique et Vincent Dumestre, représenté en mars au Théâtre de l’Athénée (puis à Dijon et à Amiens) . Ici, loin de l’héroïne italienne éprise d’amour et de pouvoir, la cantatrice explore l’intimité. Nous entrons dans cet univers purement par la musique, puisque nous n’avons aucune notion de cette belle langue. C’est la complicité entre les deux musiciennes qui nous frappe immédiatement.

Mais quels compositeurs suédois connaissons-nous ? Lars-Erik Larsson et Wilhelm Stenhammar (dont on rencontre parfois des œuvres), Ture Rangström, Bo Linde, Gustaf Nordqvist, Sigurd Von Koch, Tor Aulin, ou bien Gunner de Frumerie… Ces noms nous sont plus ou moins familiers grâce à Anne Sofie von Otter qui a publié plusieurs disques qui leur sont consacrés. Or, la curiosité et la passion doivent être déterminantes pour s’aventurer dans un tel répertoire. Il s’agit donc d’une véritable affirmation de la personnalité de la part de Marine Chagnon et Joséphine Ambroselli Brault qui sortent d’un sentier battu. C’est avant tout un geste musical audacieux pour un premier disque pour la cantatrice. En effet, Marine Chagnon déclare que le choix est évident pour elle qui a grandi avec cette culture apportée par ses parents (qui ont rencontré à Stockholm). Quant à Joséphine Ambroselli Brault, elle s’approprie avec le répertoire dans laquelle elle entre véritablement en résonance…

Dans ce programme fascinant, Marine Chagnon profite de son beau timbre aussi bien dans les aigus que dans le medium. La finesse de ses phrasés nous séduits particulièrement, notamment dans les pièces calmes et sereines — où sa voix est mise à nu sans les fastes virtuoses — comme Avskedet (Adieu) de Tor Rangström, dans I skogen (Dans la forêt) de Wilhelm Stenhammar ou encore dans När du sluter mina ögon (quand tu me fermes les yeux) de Gunner de Frumerie ; les aigus transparents à la fin de cette dernière mélodie sont d’une grande délicatesse.
Joséphine Ambroselli Brault ajoute une touche indéniable de gaîté dans Det far ett skepp (Vogue le navire) de Wilhelm Stenhammar, dans Äppelträd och päronträd (Pommiers et poiriers) de Bo Linde, ou dans Intet är som väntanstider (Rien de tel que l’attente) de Whilhelm Peterson-Berger. Ses expressions sont en phase avec la voix ; ses qualité de chant et de dramaturgie font d’elle une « accompagnatrice » (dans le sens de la compagnie musicale) de premier ordre. Son goût pour un projet original était déjà nettement perceptible dans son disque avec Marie Perbost paru en 2019, « Une Jeunesse à Paris » (recueil de chansons et mélodies françaises légères de Fin de Siècle).

 

 

Dans cet enregistrement nimbé de lumière, comme l’indique le titre qui signifie en suédois « lumière », une petite remarque cependant. Devant la diversité de sujets et de style, la chanteuse nous semble rester assez prudente. Certes, ce genre de programme fonctionne très bien dans un récital et le contact direct avec le public peut entraîner un « déclic » pour rendre l’interprétation très vivante, permettant aux musiciens de réaliser des expressions plus vraies. Mais ici, malgré le — ou à cause du ? — soin évident que les deux musiciennes apportent, il manque cette montée d’adrénaline dans des pièces agitées et par conséquent, la couleur vocale demeure assez homogène tout au long de l’écoute, alors qu’on attend parfois des changements flagrants selon le caractère des pièces… Est-ce dû à la prise de son ? Ou du lieu ? C’est assez difficile à définir. (Mais saluons ici l’enregistrement par le Service audioviduel du CNSMDP sous la direction artistique par Jean Viardot, étudiat en Formation supérieure aux métiers du son.)

Heureusement, il y a des occasions pour les entendre en concert, comme à Paris (21 mai à 20h à l’Archive Nationales), à Plaincourault (25 juin à 17h à la chapelle) ou à Sainte Marguerite sur Mer (23 juillet à 18h, église).

 

 


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Ljus, par Marine Chagnon (mezzo-soprano) et Joséphine Ambroselli-Brault (piano), 1 CD Mirare. Durée totale : 53’22.

Programme

1. Tor Aulin (1866 – 1914) – Till en ros (À une rose)
2. Wilhelm Stenhammar (1871 – 1927) – Melodi (Mélodie)
3. Wilhelm StenhammarDet far ett skepp (Vogue le navire)
4. Wilhelm StenhammarFylgia (Fylgia)
5. Ture Rangström (1884 – 1947) – Den enda stunden (Un instant)
6. Wilhelm StenhammarI lönnens skymning (À l’ombre de l’érable)
7. Wilhelm Peterson-Berger (1867 – 1942) – Kom bukken til gutten (Viens bouc au garçon)
8. Wilhelm Peterson-BergerSång efter skördeanden (Chanson après la saison des récoltes)
9. Ture RangströmAvskedet (L’adieu)
10. Wilhelm StenhammarI skogen (Dans la forêt)
11. Bo Linde (1933 – 1970) – Äppelträd och päronträd (Pommiers et poiriers)
12. Bo LindeDen ängen där du kysste mig (Le pré où tu m’as embrassée)
13. Sigurd Von Koch (1879- 1919) – I månaden Tjaitra (Au mois de Chaïtra)
14. Ture RangströmVingar i natten (Les ailes dans la nuit)
15. Ture RangströmBön till natten (Prière à la nuit)
16. Lars-Erik Larsson (1908 – 1986) – För vilsna fötter sjunger gräset (Pour les pieds égarés, l’herbe chante)
17. Wilhelm Peterson-Berger – Intet är som väntanstider (Rien de tel que l’attente)
18. Tor AulinOch riddaren for uti österland (Et le chevalier s’en fut en Orient)
19. Ture RangströmSerenad (Sérénade)
20. Gustaf Nordqvist (1886 – 1949) – Till havs (Au large !)
21. Wilhelm StenhammarEn strandvisa (Air au bord de la mer)
22. Gunnar De Frumerie (1908 – 1987) – När du sluter mina ögon (Quand tu me fermes les yeux)
23. Wilhelm Peterson-BergerBöljeby-vals (Valse de Böljeby)

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