Accueil ScènesConcerts À Belle-Ile-en-mer, un été inoubliable avec Reynaldo Hahn chez Sarah Bernhardt

À Belle-Ile-en-mer, un été inoubliable avec Reynaldo Hahn chez Sarah Bernhardt

par Victoria Okada

La 25e édition de Lyrique en Mer – Festival international de Belle-Île a donné un très beau concert le 1er août. Sur une terrasse sous le ciel, juste à côté du fortin de la tragédienne Sarah Bernhardt, sur la pointe des Poulains, des mélodies de Reynaldo Hahn se mêlaient aux mots.

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Le lieu est parfait pour une évocation poétique des souvenirs d’un été où Reynaldo Hahn, l’un des plus proches amis de Sarah Bernhardt, savourait le parfum maritime chez la résidence estivale de cette dernière.

Texte de Fabienne Marsaudon à la manière d’un journal intime de Reynaldo Hahn

Fabienne Marsaudon, autrice-compositrice-interprète, propose un texte écrit à partir des faits, ceux de l’été 1912, en se basant sur des récits et des lettres du compositeur, mais également sur des biographies et des archives de la tragédienne. Ce texte à la manière d’un journal intime, dit par Michaël Martin-Badier, est en parfaite adéquation avec la musique. À tel point qu’on ne sait pas si c’est le texte qui illustre la musique ou bien si c’est la musique qui s’insère dans le texte. Vers la fin, le récit aborde la mort de la mère de Hahn dans la même année 1912. L’écriture est si vraie qu’on a l’impression d’entendre la voix intérieure de Hahn ! L’immensité de la nature pour l’unique mise en scène, le concert se déroule au rythme des éléments. Ainsi, lorsque la musique évoque le coucher du soleil (Aux rayons du couchant, sur le poème de Jean Maréas), le soleil couchant au-delà du phare commençait à teinter le ciel et la mer aux couleurs dorées.
Michaël Martin-Badier semble se référer à Sacha Guitry dans sa façon de dire les mots, ce qui renforce l’atmosphère d’un salon littéraire. Il échange des regards avec la chanteuse et le pianiste, s’arrête de parler pour inviter les auditeurs à écouter les bruits lointains de la mer, ou lève les yeux pour contempler un moment le vent invisible. Les gestes sont naturels et spontanés, comme dans une vraie réunion amicale.

De gauche à droite : Philip Walsh, Lauren Urquhart, Fabienne Marsaudon et Michaël Martin-Badier sur la pointe des Poulains, Belle-Île, 1er août 2021 © Lauren Pasche

 

L’esprit de la Belle Epoque, un charme fou

Mais tout cela ne se serait pas passé de cette manière si la soprano américaine Lauren Urquhart n’avait pas remplacé au pied levé la chanteuse initialement prévue. En l’absence de celle-ci, Michaël Martin-Badier devait réadapter au dernier moment le timing et ses gestes, dans lesquels il a parfaitement réussi. Quant à la soprano qui ne parle pas le français, elle a appris phonétiquement les paroles, en moins de deux jours. Et sa diction est aussi claire que les chanteurs francophones les plus rompus dans l’exercice ! Outre la prononciation, elle possède un timbre cristallin et une projection naturelle, son intonation est juste. Si elle a tendance à raccourcir la dernière note d’un phrasé ample (qu’on aurait aimé entendre la résonance se prolonger), écouter sa voix est un vrai plaisir.
Au piano, le directeur artistique du festival Philip Walsh articule chaque note avec élégance. L’esprit de la Belle Epoque de Raynaldo Hahn est bien perceptible ça et là, ce qui apporte un charme fou à ce concert.

Lauren Urquhart, Michaël Martin-Badier et Philip Walsh sur la pointe des Poulains, Belle-Île, 1er août 2021 © Victoria Okada

En bis, ils interprètent la célèbre Heure exquise. Et en effet, l’heure était exquise, avec un magnifique coucher du soleil à l’horizon. A la fin, les artistes se retournent vers le fortin, vers la mer, comme pour savourer le délice de ce moment unique.

Coucher du soleil à la pointe des Poulains. A droite, le phare des Poulains © Victoria Okada

 

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