Accueil Rencontres « Classique au vert est une porte d’entrée pour la musique classique »

« Classique au vert est une porte d’entrée pour la musique classique »

Entretien avec Julien Kieffer, directeur artistique de Classique au Vert

par Victoria Okada

Depuis quatre ans, Julien Kieffer assure la direction artistique du festival Classique au Vert au sein du Festival du Parc Floral de Paris. Cette manifestation, dans un cadre apaisant entouré d’arbres, de fleurs et des oiseaux, a la chance de n’avoir jamais annulé une seule édition malgré la pandémie. À l’occasion de cette « édition de reprise » qui va durer jusqu’au 7 septembre, Julien Kieffer nous confie la particularité du Festival.

*****

 

Bonjour Julien, nous sommes au Parc Floral de Paris, sous la tente « Delta » où se déroule le Festival du Parc Floral. Classique au vert fait partie de ce festival multi-genres. Comme se porte-t-il après la reprise des concerts ?

Tout se passe bien, nous sommes ravis d’avoir un peu plus de légèreté même si on sait que l’on n’est jamais à l’abri les choses évoluent positivement ou négativement. Nous organisons Classique au Vert depuis maintenant quatre ans avec l’équipe de Traffix Music. Nous avons eu la chance, pendant la crise sanitaire, de n’avoir vu jamais annuler le festival. Ainsi, sur deux années, en 2020 et 2021, l’intégralité de notre programmation a pu être maintenue grâce au fait qu’on était en plein air, même si en 2020 nous avons dû décaler une partie de la programmation pour l’adapter aux décrets gouvernementaux. Ainsi, nous n’avons jamais perdu le lien avec le public.

Comment constituez-vous la programmation ?

Julien Kieffer, directeur artistique de Classique au Vert © F. Decout

Nous proposons une programmation très diverse, dans le but de d’ouvrir au maximum de personnes, de faire en sorte que celles-ci puissent écouter des grands noms de la musique classique.
Cette année, nous avons beaucoup de musique baroque parce que nous l’avons jusqu’à maintenant assez peu explorée. Nous avons mis en place, avec ProQuartet, des possibilités pour mettre en avant les grands musiciens de demain musique de chambre, en trio et en quatuor. C’est ainsi que la jeune flûtiste à bec Lucie Horsch est venue au début du Festival, c’est une très grande interprète internationale de son instrument.
Nous avons de nouveau des orchestres, de différents formats : l’Orchestre national de France, l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles (26 août) pour la première fois ici ; et puis, un habitué, l’Orchestre de chambre Paris (27 août). Cette année, Victor Julien-Laferrière va venir avec eux à la fois jouer du violoncelle, son instrument, et aussi diriger ! Il a cette double carrière qu’il est en train de développer depuis quelques années. Il montre de plus en plus ses talents de chef, et c’est émouvant de l’entendre dans ce registre !

Les concerts sont sonorisés et amplifiés, ce qui est inhabituel pour la musique classique et surtout pour la musique baroque. Comment ça se passe sur ce plan ?

C’est forcément un défi ! Des concerts en plein air, dans un lieu avec une jauge de 1600 places assise, où il y a des bruits extérieurs, du vent, des oiseaux, des enfants qui jouent, impliquent évidemment la nécessité pour le public d’entendre même dans les derniers rangs. Nous n’avons pas le système de sonorisation pour le jazz et pour le classique. Pour nos concerts classiques, nous travaillons avec un système WFS, avec une succession de petites enceintes qui permettent du son le plus naturel possible ; le son ne sort pas de grandes enceintes en hauteur et permettre au public de pouvoir avoir l’impression que le son vient des instruments. C’est un défi technique important qui a été créé et développé au fur à mesure des années, le travail avec l’ingénieur de son Jacques Laville, spécialisé sur cette solution. Tous les musiciens qui viennent sont séduits par le rendu intimiste. Quand on a travaillé avec Jérôme Correas pour le concert d’ouverture de Classique au Vert (2 juillet), il était étonné par le naturel que ce système pouvait rendre.

 

La musique classique peut être à l’interface de nombreuses rencontres

 

Quelles sont les spécificités de l’édition 2022 ?

Cette année, on peut entendre l’Orchestre de l’Opéra royal de Versailles (26 août), l’Orchestre de Chambre de Paris (27 août)… William Christie fait l’honneur de venir avec des jeunes musiciens qui vont l’accompagner : la mezzo soprano Lea Desandre, Théotime Langlois de Swarte au violon et Thomas Dunford au luth (3 septembre), que nous ne présentons plus ! Ils ont fait le plein à la Salle Gaveau au cours de la saison passée mais les mélomanes très nombreux qui n’avaient pas pu assister à ce concert étaient frustrés ! Donc, nous sommes vraiment ravis pour le proposer au Parc Floral.

Vous avez évoqué la diversité dans la programmation, vous avez proposé notamment le spectacle déjanté « Bingo ! Un Loto musical » du Trio musica humana dans le cadre de Classique au Vert d’un côté, et de l’autre, un duo Brad Mehldau et Ian Bostridge dans les mélodies de Mahldau et Schumann pour un nocturne Jazz. Vous mélangez volontiers les styles et les genres ?

Justement, il y a un léger mélange du genre, que ce soit dans la musique classique dans la base, il y a une petite incursion d’autres choses que la musique classique. Nous avons voulu, pour cette édition, mettre en avant les ponts que la musique classique pouvait permettre de créer avec d’autres genres, afin de montrer une fois de plus à quel point la musique classique est universelle, comment elle dialogue avec les autres formes artistiques. Mais c’est le cas aussi de concert que que va donner Shani Diluka sur Proust (20 août), c’est un pont avec la littérature, nous avons vu Jérôme Correas dans un concert autour de Molière, avec le théâtre, etc. La musique classique peut ainsi être à l’interface de nombreuses rencontres, des rencontres qui, parfois, au premier abord, ne sont pas immédiatement associés. Il nous semblait important de réaliser ces rencontres et de se retrouver ensemble après toutes ces crises sanitaires et ce contexte actuel pesant. La musique est un moyen pour cela.

Vous pouvez parler l’exemple du Trio Musica Humana au Classique au Vert ?

Le Trio Musica Humana nous a donné un très bon exemple ; le spectacle (à la manière à la fois de jeu télévisé et de fête de village) tourne depuis un an, ils ont fait une dizaine de dates à Avignon et évidemment, c’était un défi de le programmer. Nous l’avons programmé au Classique au Vert tandis que ce n’est pas tout à fait classique, parce que nous avons envie d’aller à d’autres types de public que celui habituel de la musique classique. En effet, les trois musiciens du Trio Musica Humana, qui ont chacun une voix magnifique de contre-ténor, de ténor et de baryton, détournent le genre du concert, en abordant d’autres genres (pop, jazz, variétés…), tout en jouant merveilleusement de la comédie. Ils font participer des spectateurs, font rire toute la salle. Pour certains d’entre eux, cela rend le classique beaucoup plus abordable et donne envie de revenir à d’autres concerts, à de « vrais » concerts de musique classique.

 

Nos concerts sont des portes symboliques pour faire un pas vers la musique classique

 

Quant aux « vrais » concerts de musique classique, comment se portent-ils ?

A Classique au vert, nous accueillons régulièrement 1500 à 2000 personnes pour des ensembles très exigeants. Par exemple, l’année dernière, pour le concert gratuit du Quatuor Modigliani, 2400 personnes étaient présentes. Il y a eu parmi eux toute sorte d’auditeurs, pour certains, nos concerts sont des portes symboliques pour faire un pas vers la musique classique.
Après quatre ans de notre travail commun avec toute notre équipe, nous voulons aller toujours plus loin, pour une aventure plus enrichissante et pour apporter au Festival, mais surtout à notre public, beaucoup d’énergie positive !

Je vous remercie. 

Propos recueillis le 16 juillet 2022 au Parc Floral à Paris

Print Friendly, PDF & Email

Articles liés

Laisser un commentaire

Ce site web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez les cookies. Accepter